Comprendre la généalogie

Toubib... or not toubib ?

La consultation d'ouvrages anciens à caractère médical semble a priori de peu d'intérêt pour le généalogiste. On verra pourtant dans l'exemple suivant que certains d'entre eux, consacrés à la recherche spécifique sur certaines maladies, s'avèrent être non seulement des témoignages passionnants sur les protocoles et traitements d'époque, mais peuvent fournir, le cas échéant, des informations rares et exclusives sur les individus sujets de ces observations médicales.

Des informations rares et exclusives."

Les généalogistes auront ainsi la chance de pouvoir éclairer de manière inattendue certains aspects biographiques d'un de leurs ancêtres directs, voire d'un collatéral, dont on avait perdu la trace.

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On récupérera ainsi, pour le personnage évoqué ci-après, les informations suivantes :

  • nom, prénom, âge, lieu d'origine, profession,
  • quelques éléments physiques descriptifs,
  • quelques éléments sur son caractère et ses habitudes de vie,
  • la date exacte de son décès.


D'un point de vue strictement médical :

  • précisions sur l'historique de sa maladie,
  • chronologie évolutive de la maladie,
  • traitement appliqué.

L'issue ayant ici été fatale, on trouvera enfin… les conclusions de l'autopsie pratiquée.

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[…] Extrait de l'ouvrage mentionné en source […]

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[...] "TRENTE-NEUVIÈME OBSERVATION

Épanchement séreux consécutif à une première attaque d'apoplexie, produite par une hémorrhagie dans le corps strié droit.
Hervier (Silvain), âgé de soixante-un ans, de Bazège (Indre), cuisinier, d'un tempérament sanguin, gros, gras, les cheveux châtains, était sujet, depuis une quinzaine d'années, à des étourdissemens et à des douleurs de tête assez fortes, et depuis bien plus longtemps, sans doute, adonné à des excès de boisson. Le 4 mai 1810, il s'enivre et s'expose au froid, étant encore échauffé par les fumées du vin. Dans la nuit, il éprouve une vive douleur de tête, et on le trouve le lendemain, dans son lit, paralysé du côté gauche.
Le 6, jour de son entrée à la maison de Santé, hémiplégie du côté gauche ; pouls plein et tendu, soixante-douze pulsations ; peau chaude, peu de liaison dans les idées : il s'imagine pouvoir remuer ses membres paralysés. Douleur de tête, légère somnolence, ventre resserré. ( Saign. bras; sang. temp. ; vésicat. épaul. ; pil. aloét. ij ; jul. éther. ; orang. )
Pendant tout le reste du mois de mai, les idées sont tantôt plus, tantôt moins nettes. Il rêvasse et délire souvent la nuit, quelquefois dort assez bien, va en général difficilement à la garde-robe, et se plaint assez constamment de souffrir de la tête. (Un assez grand nombre de médicamens pour remédier à ces divers accidens : potions éthérées, potions avec la valériane et l'éther, poudre cathartique, huile de ricin, juleps calmans, sangsues, vésicatoires à plusieurs reprises.) La paralysie des membres continue toujours, et il croit toujours pouvoir s'en servir. Cependant il s'affaiblit sensiblement.
Le Ier juin, il perd en grande partie l'appétit ; tendance plus marquée à l'assoupissement. (Jul. val. éther.; orang. ; sinap.)
Le 2, même état, agitation toute la nuit. (Même prescription.)
Le 3, pouls, cent ; se plaint de douleur de tête, avale avec un peu de peine. (Jul. éther. ; orang.)
Les 4 et 5, il continue à s'affaiblir ; assoupissement presque continuel.
Le 6, il ne paraît pas entendre, visage altéré, pouls très-faible. Mort dans la nuit.

Ouverture du cadavre.

Habitude extérieure. Le cadavre conservait un embonpoint plus qu'ordinaire.

Crâne. Les vaisseaux de la dure-mère étaient plus injectés qu'ils ne le sont dans l'état ordinaire. Il y avait une grande quantité de sérosité infiltrée entre la pie-mère et l'arachnoïde de la surface du cerveau, et un peu d'épanchée à la base du crâne. Dans l'épaisseur du corps strié droit, et dans la substance cérébrale adjacente, jusqu'à un pouce en arrière de la terminaison de ce corps, se trouvait une caverne de trois pouces environ de longueur, irrégulièrement alongée, et contenant à peu près trois onces d'un sang fibreux et dense, qui avait pris une couleur assez semblable à celle de la bure. La caverne était par conséquent située entre la partie inférieure et supérieure du ventricule. La grande quantité de sang qu'elle contenait, en changeant le rapport des parties, avait presque entièrement effacé la cavité ventriculaire, dans laquelle on voyait une portion des parois du foyer hémorrhagique amincies, distendues, prêtes à rompre, colorées en rouge pâle par le sang, ainsi que la voûte à trois piliers, qui leur était accolée, à peu près comme le duodénum est coloré en jaune par la bile de la vésicule. Le ventricule gauche contenait près d'une once et demie de sérosité limpide.
Les organes de la poitrine et de l'abdomen étaient parfaitement sains." [...]

Source : Recherches sur l'apoplexie, et sur plusieurs autres maladies de l'appareil nerveux cérébro-spinal; par Jean-André Rochoux (1787-1852), Médecin de l'hospice de la vieillesse (Hommes), Agrégé à la Faculté de Médecine de Paris, Médecin honoraire des dispensaires de la Société philantropique, Membre de l'Académie Royale de Médecine de Paris et de la Société de Médecine de Rio de Janeiro, Associé intime de l'Académie de Médecine Pratique de Barcelone, Corespondant de la Société Royale de Médecine et de l'Académie de Médecine de Marseille, etc.