Comprendre la généalogie

Sacré Charlemagne !

Un roi et un pendu

Qui d'entre vous n'a pas, au moins une fois dans sa vie, entendu citer la célèbre maxime du moraliste français Jean de La Bruyère (1645-1696), selon laquelle tout français compterait parmi ses ancêtres "à la fois un roi et un pendu" ?

Pour le pendu, admettons que nous laissions dans un premier temps la question en suspens...

Neuf français sur dix descendent de Charlemagne.”

Pour ce qui est du roi, la cause semble entendue, en tout cas en théorie : si l'on s'accorde à dire qu'un français sur dix descend de Louis IX, alias "Saint-Louis", on avance même que neuf sur dix descendraient tout bonnement de Charlemagne. 

Peut-on véritablement tenir ceci pour acquis, au nez et à la barbe - naturellement "fleurie" - de tout le monde ?

La démonstration utilisée fait naturellement appel à un rapide calcul mathématique, et accessoirement à la bonne vieille logique.

Du sang bleu

La recette du "de-cujus au sang bleu" est donc la suivante et ne nécessite que quelques ingrédients de base :

  • un de-cujus bien dodu
    ("de-cujus" étant la dénomination latine savante utilisée pour la personne dont on établit la généalogie)
  • une petite planète bleue, à la population forcément limitée
  • un zeste d'intuition

Laissez le "de-cujus" mijoter doucement dans un dépôt d'archives et vous le verrez peu à peu rosir de plaisir au fur et à mesure de la découverte de nouveaux ancêtres : à ses 2 parents s'ajouteront les 4 grands-parents, puis les 8 arrière-grands-parents, et ainsi de suite, en multipliant à chaque fois par 2 le nombre d'ancêtres à trouver à la génération suivante.... ainsi donc, dans l'absolu, à ce rythme là, à l'époque du couronnement de Charlemagne, en l'an 800, vous arriveriez aisément aux alentours de 16 000 à 35 000 milliards d'ancêtres, chiffre très indigeste à l'évidence !

Pour pimenter le tout, une estimation généralement admise donne une population européenne inférieure à cette époque à 50 millions d'individus (8 millions pour la France)... alors que sont vos ancêtres devenus ?

Beaucoup de consanguinité

L'explication est simple et ceux et celles d'entre vous qui sont déjà remonté(e)s vers le début du 18ème siècle, où dont les ancêtres évoluaient dès les premières générations dans un périmètre géographique relativement restreint seront déjà familiarisés avec ce phénomène : les mots-clés étant ici Consanguinité et Implexe !

Si nous sommes parfois étonnés des distances parcourues par certains de nos ancêtres pour réapparaître et s'installer dans des régions éloignées de leur lieu d'origine, ceci n'était pas la règle et dans une population essentiellement rurale, le périmètre de recherche du futur conjoint restait globalement circonscrit à un certain nombre de villages alentours.

Si l'on prend en compte une population limitée, excluant des conjoints potentiels les enfants et les personnes âgées, sans oublier les questions d'héritages et le désir de ne pas voir s'éparpiller les terres familiales, ainsi que la propension de certaines catégories socio-professionnelles à s'allier entre elles (endogamie), la conséquence s'impose très rapidement : bon nombre d'unions seront scellées entre cousins plus ou moins éloignés, nécessitant d'ailleurs l'obtention de dispenses en consanguinité !

La voilà donc la réponse : si l'un de vos ancêtres, prénommé Pierre, a pour parents des cousins germains ils auront au moins un couple de grands-parents communs, ce qui donne à  Pierre seulement 6 arrière-grands-parents distincts au lieu des 8 théoriques. A partir de cette situation, on devine bien qu'à chaque génération s'accroît ensuite la différence entre nombre d'ancêtres théoriques et nombre réel d'ancêtres ; ce phénomène se répète et s'amplifie évidemment à chaque fois que vous rencontrez une situation de ce type dans votre arbre, diminuant considérablement votre nombre réel d'ancêtres potentiels.

Le phénomène décrit ci-dessus est qualifié d'implexe. Votre logiciel de généalogie vous permettra aisément grâce à sa fonction "Statistiques" de visualiser le taux d'implexe de votre généalogie.

Les records des familles royales

On comprendra aisément que dans les familles nobles et royales, particulièrement repliées sur elles-mêmes, le taux d'implexe atteigne des records. On cite généralement pour exemple le cas d'Alphonse XIII d'Espagne, avec seulement 111 ancêtres distincts sur les 1 024 possibles à la 10ème génération.

Pour conclure, s'il est effectivement peu probable, sans le savoir déjà au début de ses recherches, de compter un jour Napoléon parmi ses ancêtres, il n'est pas tout à fait impossible de pouvoir remonter jusqu'à Saint-Louis, et il serait même surprenant pour un contemporain dont les ancêtres vivent en France métropolitaine depuis des générations de ne pas avoir un peu de sang de Charlemagne dans les veines...

Oui mais... faudrait-il encore pouvoir le prouver !

Chercher la femme !

La difficulté réside, à partir d'une certaine époque, en l'absence de documents, sauf concernant les familles nobles et royales. Votre seule chance sera donc de pouvoir, grâce aux registres encore existants, établir une connexion avec une famille de la petite noblesse locale qui, au gré de ses alliances antérieures vous permettra de vous rattacher aux familles ducales de la région, puis aux familles princières et enfin royales... elles-mêmes immanquablement rattachées à ce brave Charlemagne. En toute logique, votre lignée patronymique directe n'est pas celle qui conduira au succès. La devise étant ici, une fois n'est pas coutume, "cherchez la femme"... gardez-bien l'œil en particulier sur les filles de riches propriétaires, voire de meuniers dont la mère aurait pû être, par exemple, fille cadette de petits nobles locaux plus ou moins désargentés...

L'expérience montre que c'est possible, en travaillant avec rigueur, de l'intuition et en s'armant de patience...

En tout état de cause, si le succès n'est pas au rendez-vous, vous pourrez toujours tel ce généalogiste rencontré à mes débuts, rétorquer à quelqu'un qui vous affirme "descendre" d'un oh combien noble lignage, que vous, pour votre part, "montez" d'une longue lignée de laboureurs...

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